Bienvenue dans le Promenoir Poétique de la Cause des Causeuses !

Quelqu'un a déjà creusé le puits, Marc DUGARDIN

 

 

Quelqu'un a déjà creusé le puits Marc DUGARDIN 001

 

 

petit poème de circonstance

 

une étoile

a traversé la honte

il est bien pâle

le visage qui se penche sur elle

- nous aussi

nous ressemblons à des miraculés

 

[…]

 

une autre  circonstance

 

couché là et provisoire

comme un pansement

on sent

une haleine qui réchauffe

pas le temps

pour la moindre question

on est revenu

tout près de sa naissance

 

[ … ]

 

en se laissant guider…

 

les mots remontent

d’une mémoire de catacombes

ils lorgnent

vers la lumière du soupirail

refusent

de remettre la fête à plus tard

dans l’attraction de l’étoile

leur légende est heureuse

éblouissante

comme une stricte vérité

 

[…]

 

des coquelicots

entre les rails

un fourmillement de rêves

dans les talus

des buissons

où les oiseaux déposent les armes

pas de doute

on a changé de saison

 

 

 

Marc DUGARDIN, Quelqu’un a déjà creusé le puits,

Rougerie, 2012, p.41,42,46,59.


UNE FLEUR, Sandrine KAO et BOBI+BOBI

 

 

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Une FLeUR  , Sandrine KAO et Bobi+ Bobi 

Editions A pas de loups , Bruxelles  2018

 

Ce magnifique album m’a tout de suite fait penser à l’histoire de la poupée-fleur… Mais ici, à la fin, il y en aura deux : une fille et un garçon, la première flanquée d’une petite sœur observatrice et bienveillante. Le second est aussi timide et motus-bouche-cousue que la grande soeur, ils n'ont pas de prénom ni de nom déclarés, mais ils se comprennent et il y a des indices. La métamorphose relationnelle doit se passer par le ventre je crois, mais on ne doit pas trop savoir, ça ne nous regarde pas trop, enfin, si ! Surtout si on adhère d’emblée à la théorie des fleurs qui peuvent pousser à l’intérieur des gens et des enfants en particulier. Quand bien même  ça ressemble un peu à un mensonge , peut-être même à une menace ou à un projet de survie un peu aventureux. Pourvu qu'ils ne poussent pas comme des nénuphars façon Vian dans l'écume des jours... Mais là, ça n'a pas l'air... 

Je tourne avec bonheur les pages de ce livre cartonné et lisse comme la peau des joues, un livre jeunesse comme je les aime,  les couleurs y éclatent de joie  et les personnages sont de ceux dont j'ai envie de garder l’image à portée de regard…

Le Hic du Truc est que les parents semblent très défaillants, la mère n’a pas la main verte non plus ( Je veux dire , elle ressemble à sa fille) et le père est allé planter des choux ailleurs. Il ne reste que le jardin à la sauvage  pour s’amuser et rêver aux retours des grandes émotions pérennes. Pourvu que ça pousse ! Et dehors au grand air , si ça ne vous gêne pas, les grands ! La fleur-fille est étrange , elle ressemble à un artichaut déluré, mais si c'est vrai, au fond il y a du foin sur qui s'asseoir et on peut se cacher en creusant délicatement, mais ça ne peut pas être un abri pour toujours... ça se saurait , non ? 

Parmi les mères de ma génération, la plupart connait la « poupée-fleur » inventée par une ancienne petite fille, devenue psychanalyste, Françoise DOLTO…

« On pourrait croire ainsi qu’elle a eu l'idée de cette poupée-fleur lorsqu'elle était enfant. En réalité, elle la conçoit en 1946, au cours d'une consultation où sont venues à sa rencontre Bernadette, une petite fille anorexique de 5 ans et demi, et sa mère. Celle-ci se plaint de ce que sa fille n'aime ni les poupées animales ni les poupées humaines. Accablée par la haine envers elle-même qu'elle ressent chez cette petite fille profondément paranoïaque, Dolto lui propose: «Et pourquoi pas une poupée-fleur?» Aussitôt, elle donne à la mère les indications pour la fabriquer, devant Bernadette, qui saute de joie à cette idée. Recouverte de tissu vert, cette poupée n'a ni devant ni derrière, ni mains ni pieds, et figure la seule forme humaine, la stature droite que l'enfant peut tenir en main. Le volume figurant la tête est juste surmonté d'une corolle blanche de marguerite. Autrement dit, tout comme une interprétation, cette poupée a été conçue entre les différents protagonistes de la scène analytique. »

Les illustrations de Bobi+Bobi sont somptueuses et l’histoire n’a que l’apparence de la simplification. Elle est écrite pour donner de quoi grandir aux petites filles un peu trop différentes des autres, pour des raisons qui ne nous regardent pas, mais dont on ne peut ignorer l’existence autour de nous. Je ne regarde jamais un jardin de manière désinvolte, je sais qu’il peut y respirer des créatures prêtes à fleurir et à décoller leurs racines pour aller à la rencontre des autres fleurs, même si elles « grattent » un peu… J’espère que ce nouvel album de la maison à pas de loup aura le succès qu’il mérite. En tout cas mes libraires préférées ont été ravies de le découvrir , et en parler me comble ! Il y a si longtemps que j'attendais une nouvelle parution dans le travail graphique de Bobi+Bobi peintre illustratrice. 

MTh PEYRIN 

 


49 poèmes carrés dont un triangulaire | Emmanuel VENET

Ce recueil est tout à fait insolite dans le paysage poétique Lyonnais

Son auteur Emmanuel VENET nous avait proposé jusque là toute autre chose dans le registre romancier ou essayiste.

Je n'en dirai pas plus... Ecoutez-donc voir et surtout  ne prenez pas parti ! Souriez, c'est du peaufiné !

Tout est dans le clavecin bien tempéré de son humour à fleur de déboires imaginaires ou pas.

 

49 Poèmes carrés dont un triangulaire E VENET 001

 

 

Elle  s'habillait  avec  élégance

et savait mettre  ses formes en

valeur.   Par crainte  de passer

inaperçue,   elle  se maquillait

avec soin et passait beaucoup

de temps au salon de coiffure.

Mais elle avait horreur que les

hommes la regardent, et moi-

même je ne savais jamais com-

ment poser les yeux    sur elle.

[...]

 

A

part

la poésie

je m'intéresse

à toutes sortes de

sujets, comme l'amour,

la géométrie, la conjugalité,

l'espace euclidien, le dessin, l'é-

rotisme, la prose, la danse en milieu

nocturne, la nage en milieu aquatique,

la législation du divorce, les techni-

ques de survie en milieu conjugal,

la création artistique et les 

obstacles qui la freinent,

la pose d'étagères,

le désamour et 

les losan-

ges.

V

 Emmanuel VENET, 49 poèmes carrés dont un triangulaire, La fosse aux ours, 2018, p. 31 et 33


Il a sifflé une fois | Yve BRESSANDE | 2018

 

FaceCachCouw

 

Il a sifflé une fois

 

Un train raté

Dix trains de ratés

Une vie ratée

J'ai entendu siffler le train

Le temps que je me décide

Il était déjà passé

C'est pas triste

 

 

 

J'suis pas monté dans le train

J'suis pas monté à Paris

J'ai pas rencontré de producteurs

J'ai pas rencontré d'éditeurs

J'ai pas rencontré

C'est pas triste

C'est juste un peu tard

 

 

 

 

J'ai pas croisé le grand amour

J'ai pas croisé d'alter ego

J'ai pas croisé de petits hommes verts

Je n'ai fait que croiser les doigts

J'ai pas croisé

C'est pas triste

Juste un temps de retard

 

 

 

 

J'ai vu passer des trains

J'ai pas su dire oui

J'ai pas su y aller

J'ai pas su plonger dans le grand bain

J'ai pas su

C'est pas triste

Juste le temps de respirer

 

 

 

 

Je ne me suis pas noyé

J'ai regardé passer les trains

J'ai eu une vie de vache

J'ai pas crevé de faim

J'ai pas dormi dans les trains

J'ai pas fait le pied de grue

J'ai pas

C'est pas triste

Juste le temps d'observer le monde

 

 

 

 

J'aurais pu travailler toute ma vie

J'aurais pu rester coincé dans un bureau

J'aurais pu vendre à des pauvres

J'aurais pu cultiver des OGM

J'aurais pu

J'ai pas pu

C'est plutôt gai

 

 

 

J'ai eu une vie de rêve

J'ai eu dix vies en rêve

J'ai eu mille vies virtuelles

J'ai eu cinq ordinateurs

Je suis de mon temps

Je laisse quelques poèmes

Au bon soin du temps

Il sera bientôt temps

C'est le temps qui te rattrape

Il ne t'oubliera pas sur le quai

C'est pas triste

 

 

 

 

C'est pas triste un train qui part

C'est pas triste un train qui passe

C'est pas triste une vie qui passe

C'est pas triste dix poèmes qui restent

C'est même plutôt gai

 

 

 


Pour que tout recommence | Paola PIGANI | 2018

 

 

 

00 copie

 

Au doux sang de l’hiver

Je laisse  venir à vous

Le pollen des joies  

Des voix  pour éclaircir le futur 

Frères de  vieilles frontières 
 
Frères de blés et de ruines

Nous essaierons d'aller plus loin

De retendre le ciel sur nos corps en marche

Nous encorder 

Mon prochain mon lointain
 
Je laisse venir à vous
 
Mes vœux de vent furieux
 
Sur nos peurs et vanités

Je laisse venir à vous
 
Mes vœux

d'amour incessant 
 
 
 
 
Paola Pigani
 
inédit
 

Chloé LANDRIOT , Vingt-sept degrés d'amour

 

Chloé LANDRIOT vingt-sept degrés d'amour 001

 

 

Laisse-moi

Faire fête de ton corps

Faire festin de mes sens

Sans peur

 

Laisse-moi  retrouver

L'endroit où je veux être

Laisse-moi arriver

A tâtons dans mon corps

Sans me perdre

 

Du pain doux de ta chair

Laisse-moi me nourrir

Seulement jusqu'à ma faim

 

Tout n'est pas réparé

Mais nos baisers s'avancent

Sur les chemins obscurs et sacrés du passé

Jusqu'à l'endroit précis où nous ne fûmes jamais

Ensemble

 

Là où pourtant chacun de nous

Rencontre

L'autre 

Et le connaît

A cette place exacte qu'il tient dans ses bras.

 

 

 

 

Chloé LANDRIOT, Vingt-sept degré d'amour, Editions Le Citron Gare | Dessins de J. PARDANAUD : Couverture, pp. 42,77,84 | Dessins de C.LANDRIOT :pp. 19,28,56,62,64,Poème cité pp.45,46

 


Avec Béatrice MACHET, dans Duo de gens-pierres

 

   Béatrice MACHET Duo de gens-pierres 001

 

HENRI BAVIERA 001

 

 

Es-tu à l’heure   quand vivre mesure les distances et que la voix s’essaie

aux coïncidences

 

tance et stances dans cette voix qu’ensemble déjà figure

                                                              un regard

                                                    de passage

                           te désigne un dedans

 

quel retard    quelle avance dans la projection d’un avenir

accordé à ton action

                             d’écrire

 

et si déchire la voix quelle voile gonflée du vent de l’angoisse

 

quelle charge se dirait chair ou grenade

l’impossible à désamorcer

                        le possible de la détonation

                                           contre le palais

                                           sous la galerie des dents

*

L’expression de la langue

 

cette immortelle

 

est-ce phrase      est-ce assez articulé

 

est-ce le juste achèvement humain qui suspend

 

                  le temps             et la bonne heure

 

ne pas tout dire         et ne pas oublier le tout

 

                                                 comme un secret

                                                 à toi confié

                                                 à toi de lire

 

 

Béatrice MACHET, Duo de gens-pierres, Dessins d' Henri BAVIERA,

Livre d’artiste, Septembre 2014, p. 10 et 12.  

 

 

Béatrice MACHET sur Terres de Femmes

 


Avec Armand le Poête | On est obligés de faire avec...

ARMAND LE POÊTE 001

 

j’ai vécu toute ma vie

perché sur un ane

traversant la ville et dire

que le monde est raté

*

dire le monde

c’est pas moi qui l’a fait

c’est fini quand j’arrive

et moi comme un con perché

sur un ane à écrire

*

la vie c’est tout cadeau

pour ceux qui savent se penché

sur les beautés.

*

les beautés du poête

ne sont jamais assez belles souvent

le poête se penche en vain.

*

Je pars à la campagne

cueillir des fleurs

c’est plus joli

que les poèmes.

*

les poèmes sa nourit pas

son homme et celui qui trop

en fait meurt dans les luzernes

*

Tu peux pas fermer tes placards, non !

[…]

le professeur

se méfie du poête

car le poête aime la beauté

et l’erreur tandis que

le professeur s’interresse

a l’orthographe a l’histoire

a ma sœur

[…]

Quelques propositions pour un affichage municipal

sur panneaux lumineux ou sous abri-bus 

( À son ami Claude Seyve)

 

[…]

MON AMI LE TIGRE

A CHAQUE FOIS

QU’IL ME VOIT

IL EN MANGE UN MORCEAU

[…]

 

Y A-T-IL

DE LA PENSÉE

EN DEHORS

DU BIG BANG

[…]

 

LE MONDE

TOUS LES JOURS

AVANCE

D’UN MILLIMÈTRE

ET MOI JE

RECULE DE DEUX

[...]

 

TOUTES LES FEMMES

ÉPOUSÉES

PAR UN AUTRE

QUE MOI

SONT

DANS L’ERREUR

[…]

 

POETE

ANALPHABETE

CHERCHE

MUSE

INTRANSIGEANTE

[…]

 

TU N’ES

PAS ENCORE NÊE

QUE DÊJA

TU M’AIMES ENCORE

[...]

 

MES LECTEURS

SI NOMBREUX

SONT PARFAITS

ILS NE FONT

AUCUN BRUIT

[...]

 

eTc…

 

Armand le Poête & Violette , Revue Gros Textes,1998, p.7,8, 33,38,41,42,43. Dessin : Sylvie Villaume

http://armand.le.poete.free.fr/livres.html

(sans titre)
édition revue et complétée du recueil "Poésies"avec interventions parlée de Violette et poêmes pour panneaux lumineux d'informations municipales [ supervisé par Patrick Dubost  rattaché de presse ou agent scruteur de gaffes selon les budgets disponibles]

Editions Gros Textes, Fontfourane, 05380 Châteauroux-les-Alpes

gros.textes@laposte.net

 

 

 

 


Avec Marc PORCU | Ils ont deux ciels entre leurs mains

 

Mar PORCU ils ont deux ciels entre leurs mains 001

 

 

Ils ont deux ciels entre leurs mains

Pour les enfants venus d’ailleurs

leur pays qu’on dit lointain

reste longtemps une page blanche

perdant sa langue et sa graphie

sous la craie blanche qui s’efface

comme le ciel entre leurs mains

sur le tableau noir de la nuit.

 

 

On naît toujours après une guerre

où il fait nuit noire dans les cœurs

et dans la mémoire la terreur

crève la rose sous ses épines.

 

 

La misère ignore les frontières

les pauvres aussi font des enfants

et voudraient voir aux fontanelles

la source sereine d’un sourire

dans la clairière d’un ailleurs.

 

 

Au tableau noir tous ces enfants

tracent à la craie leur devenir

et l’alphabet s’en enlumine

de douces fleurs au livre d’heures.

 

 

L’ailleurs ouvre sa corolle

au printemps de l’émotion

les mots nouveaux sont des pétales

et leur souffle dessine des étoiles

sur le tableau noir de la nuit.

 

 

Et les étoiles voyagent aussi

eles viennent depuis la nuit des temps

allumer le feu de nos rêves

et les enfants venus d’ailleurs

y cherchent leurs pays lointains.

 

 

Ce sont de grands navigateurs

qui se retrouvent un beau matin

avec deux ciels entre leurs mains

deux ciels qui battent comme leur cœur

au rythme double des marées.

 

 

Leur cœur ignorant les frontières

leur cœur qui s’offre comme la rose

au désir qu’elle a de naître.

 

 

Qu’elle soit de sable

ou de velours

qu’elle soit de chair

ou bien de vents

la rose

alors

les embrasse

comme un soleil de l’intérieur

elle irradie la page blanche.

 

 

Et sous la graphie noire du poème

perce la lumière

d’un autre ailleurs

où naît la langue de demain

qui baptise avec ses fleurs

tous les enfants venus d’ailleurs.

 

 

Marc PORCU, Ils ont deux ciels entre leurs mains,

Editions LA PASSE DU VENT Poésie, p.33-34, 2013.


Avec Claudine LEBÈGUE , A MA ZONE II , Lettre de démission

Claudine LEBEGUE A MA ZONE II

 

Lettre de démission

 

Il est interdit de mendier et de troubler de quelque manière que ce soit la tranquillité des voyageurs dans le métro sous peine d’amende.

 

Dommage pour tout le monde. Moi, dans le métro, j’ai appris à chanter. C’est ma plus grande école, mes hautes études, mes hauts fourneaux. J’ai appris à viser. J’ai appris ce que donner une chanson veut dire. J’ai appris à recevoir le regard des autres. Et mes voyageurs visiblement, portaient bien leurs noms. Ils voyageaient, on voyageait, tout le monde voyageait. Et tout ça dans un commerce très équitable puisque chacun donnait ou pas ce qu’il pouvait, et ce qu’il voulait. Le métro, voilà une école gratuite pour les artistes et d’utilité publique.

Ainsi donc, après ces quatre années passées dans vos boyaux, chère RATP, j’arrive au terme de ma formation et en qualité de chanteuse pulmonaire, je m’en vais chanter à l’air libre et je me casse en emportant la caisse, c’est-à-dire : votre odeur de sueur, vos bruits de couloirs, vos portes plaintes, la voûte pisseuse de vos cieux, le soleil blême de vos néons, vos bouffées de chaleur, les hurlements de vos freins, les râles de vos pensionnaires, j’emporte tout, avec moi et pour toujours. Je m’en vais chercher l’inspiration, l’expiration, d’autres airs pour les poumons de mon biniou, mais je garderai à jamais, dans les souterrains de mes chansons, la voix de chemins de fer que vous m’avez ouverte.

 

Salut

J’ai aimé

 

                            Paris 1983

 

 

Claudine LEBÈGUE, A MA ZONE II ,

Editions LA PASSE DU VENT, 2014,  p.54


Avec Martin LAQUET | jour après nuit

  Martin LAQUET jour après nuit 001

 

on ne choisit pas l’heure hein

tu le sais mais on regarde la vie qui file

comme une rivière qui se vide

 

ce que les autres oublieront

je ne l’oublierai pas

je fouille dans les impasses

qui ne tiennent qu’à un fil

les corneilles dans le parc

éliment l’horizon

 

nous avons mal appris à vieillir

aux côtés de l’acide

dans le brouillard des clopes

nos yeux ne prennent plus le large

nous croassons dans de drôles d’enclos

trinquant dans des recoins

du bunker

l’oreille collée au juke-box chagrin

nous sourions terriblement

comme dirait guillaume apollinaire

 

 

peut-être

de nouvelles empreintes

sur la peau de papier

du lilas dans le chagrin

tonnerre en sursis

au-desus de la barque

peut-être

un hublot dans le cœur

 

page dans les parages

ce qui rôde

ce qui vient

juste après le silence

pressé

réel

 

*

 

je ne comprends pas

ceux qui écrivent admirablement bien

je préfère les mots à peine écrits

les mots sauvages boiteux

pris dans le vent convulsé

les mots sales qu’on lave

dans nos bouches

 

*

 

je voudrais

que le temps se lèche les babines

dans nos lits

et sur les plages

il suffirait de découper l’horizon

de descendre un peu plus haut

vers la jeunesse profonde

un dernier old-fashioned

et la nuit déjà referme ses bras

sur nos songes

grandioses et miteux

j’écoute la voix off qui se tait

pas de rewind pas de pause

juste des images

éclatées

 

 

 

Martin LAQUET | ailleurs est un mot comme un autre [Extraits] | 15 août 2005-15 novembre 2013 |jour après nuit | Editions LA PASSE DU VENT Poésie|Octobre 2017 | p.89,90,92,95.

 


Avec Katia BOUCHOUEVA | Equiper les anges - et dormir, dormir

Katia BOUCHOUEVA Equiper les Anges 001

 

Aphrodite et Europe

 

1.

Au travers : petite brume.

grande pluie.

rêve pâteux,

algues pourries,

coquillages où la petite chanson de la mer

s’estompe, tombe,

reviens Aphrodite ou Europe – ou les deux :

Aprhrodite et Europe.

 

 

2.

Mortelles par contre :

25, 30 berges.

Éternité encombre

et ne protège

plus. Sort de l’écume -

fatiguée et tremblante

et noire comme la Vierge.

 

 

3.

Telle une eau bénite,

un Perrier citron

vieille, timide et pâlotte,

je me suis déversée dans les rues de Marseille

en échouant sur la côte.

 

 

4.

Pirouette sur le sol savonneux

évitée de justesse.

Surfaces poussiéreuses,

Linos crasseux, taureaux enragés –

attention !

Tout a une fin

heureuse – voici votre déesse,

montée de toutes pièces,

déesse multifonction.

 

 

5.

Maternelle –

fait-marin et salé.

Atterris, mon enfant

sur la piste de cette table,

sur le lit de ce sable,

inévitable enfant d’adoration.

 

 

6.

Qui ne touchera

jamais la terre méchante.

Maman nulle part. Partout maman.

Attend qu’il fasse tard

et sort tout seul de l’œuf d’une étoile

couchante – et marche vers moi.

Éros, certainement.

 

 

7.

Frites et boissons –

dans cette ville, mon garçon,

nous attendaient.

et tout au fond –

derrière les bars et le cinés –

parlant la langue des nourrissons –

la Méditerranée.

 

 

 

Katia BOUCHOUEVA , Équiper les anges – et dormir, dormir,

 La Passe du Vent POÉSIE, 2017, p.60-61.